« Les exemples de coopération se multiplient entre les grands industriels utilisant des composants open source », selon Alexandre Zapolsky, PDG de la société de services en logiciel libre Linagora, qui vient d’animer une journée d’information sur les enjeux de l’open source dans l’industrie (l’Ossif, pour « Open Source Industry Forum »). Optimiste ? Non, si l’on en croit la plupart des participants à cette manifestation toulousaine, qui citent entre autres Genivi (une alliance de constructeurs automobiles pour le développement de briques open source « non différenciantes ») et Open Healthcare (dans la santé aux Etats-Unis).
OPEES
Les systèmes embarqués critiques ne sont pas en reste. Initié par Airbus, le projet européen Opees (pour « Open Platform for the Engineering of Embedded Systems ») a pour principal objectif de « soutenir l’utilisation de logiciels open source dans le secteur de l’embarqué et de faciliter leur certification », explique Pierre Gaufillet, spécialiste en génie logiciel à Airbus. « Nous avons besoin de maitriser un certain nombre d’éléments par rapport aux outils open source que l’on est susceptibles d’utiliser pour les systèmes critiques », explique-t-il. « Il nous faut intégrer les différentes évolutions de ces composants, améliorer les processus de décision et organiser nos collaborations », renchérit de son côté Gérard Ladier, délégué « recherche et développement » sur les logiciels et les systèmes embarqués au sein du pôle Aerospace Valley. Pour lui, un industriel utilisant de l’open source doit s’assurer que le produit est « pérenne » et qu’il « continue d’évoluer dans [son] sens ».
L’initiative Opees – qui devrait être prochainement soutenue par une structure dédiée - est un premier pas. Elle fédère déjà des groupes d’utilisateurs espagnols, estoniens, belges, hollandais, norvégiens ou suédois. Des groupes qui interviennent dans l’aéronautique. Mais pas seulement : « Nous travaillons aussi avec de grands équipementiers télécoms, comme Ericsson, qui sont déjà très actifs dans l’open source et rencontrent des problématiques assez proches des nôtres, notamment en terme de disponibilité », souligne Pierre Gaufillet.
BABYLONE
En parallèle, le projet Babylone – soutenu par l’Etat et le conseil régional Midi-Pyrénées cherche à stimuler l’adoption de l’open source dans l’aéronautique. Fédérant des industriels (PSI-S, ECA Sinters, Nolam Embedded Systems...) et des centres de recherche (Icam, Inria...), il vise à « définir des briques technologiques - composants matériels et logiciels - certifiables », d’après Loïc Urbain, directeur R&D chez ECA Sinters, un fournisseur d’équipements aéronautiques embarqués. Ces briques ont « vocation à être intégrées dans des produits ayant des problématiques de sûreté de fonctionnement, de fiabilité et de certification ».
L’intérêt ? « La conception et la maintenance de ces différents composants coûteraient très cher pour une PME. Les utilisateurs finaux sont prêts à payer pour la valeur ajoutée que l’on apporte à ces produits mais pas pour toute la phase amont de développement. L’open source est un moyen pour mettre en commun un sous-ensemble de composants certifiables qui seront proposés aux intégrateurs. Lesquels les packageront pour les mettre à disposition des utilisateurs finaux ».
D’autres projets viendront certainement renforcer ces initiatives prochainement. « Dans le cadre du grand emprunt, nous préparons actuellement à Toulouse un dossier d’institut de recherche technologique (IRT) couvrant des domaines allant des nanosciences aux systèmes embarqués », indique Gérard Ladier. Et l’une des composantes de cet IRT devrait intégrer un laboratoire qui travaillera sur les problématiques liées à l’open source ».
Christophe Dutheil, l’Usine Nouvelle