

Niché dans l’ombre de Firefox depuis 6 ans, Thunderbird (l’oiseau-tonnerre, en anglais) est enfin prêt à prendre son envol en solo. L’avenir de ce logiciel de messagerie libre, créé il y a plus de 10 ans, est longtemps resté incertain. La fondation Mozilla, à l’origine du navigateur Firefox, a voulu y remédier en créant il y a deux ans Mozilla Messaging. Dotée d’un capital de départ de 3 millions de dollars, cette filiale indépendante des activités Web de la fondation est dédiée au développement et à la commercialisation de Thunderbird.
La sortie de la nouvelle version de son logiciel, Thunderbird 3, qui intègre aussi un calendrier, est imminente. Mozilla Messaging s’estime enfin prêt à faire face aux poids lourds du secteur comme Microsoft Outlook ou Lotus Notes, qui comptent chacun plus de 150 millions d’utilisateurs, contre seulement 12 millions pour Thunderbird.
Explications avec le franco-canadien David Ascher, un ancien programmeur qui dirige cette startup d’une dizaine de personnes au sein de la fondation Mozilla, et que nous avons croisé à l’occasion de sa visite à San Francisco.
Avec la réussite de Firefox, pourquoi relancer Thunderbird qui n’a jamais vraiment eu le succès espéré ?
David Ascher. D’abord parce que cela fait partie de la mission de la Fondation Mozilla, de créer cet Internet ouvert et meilleur. Et n’oubliez pas que s’il y a aujourd’hui autant d’innovation et de concurrence sur le marché des navigateurs Web, c’est grâce au succès de Firefox. Une situation que l’on aimerait recréer avec Thunderbird, sur le marché des logiciels de messagerie et de collaboration.
Avez-vous vraiment une chance contre des géants comme Apple, Microsoft ou IBM/Lotus ?
Si je reprends l’exemple de Firefox, nous faisons déjà face à peu près aux mêmes géants, Apple Safari et Microsoft Internet Explorer, auquel il faut désormais ajouter Google ! Ce qui ne nous empêche pas d’avoir déjà quelques beaux succès à notre actif. Et notamment en France, où la Gendarmerie, le ministère de la défense et celui des finances ont migré leurs utilisateurs de Microsoft vers Thunderbird. Et côté grand public, Microsoft n’a pas cru bon livrer un client de messagerie avec son nouveau système d’exploitation. L’opportunité pour Thunderbird est donc énorme : il cible tous les futurs utilisateurs de Windows 7.
Comment se distingue Thunderbird face à ces concurrents ?
Au-delà de la gratuité du logiciel, les points forts de Thunderbird sont l’open source, sa compatibilité avec des protocoles standards (POP, IMAP, CalDAV...), et la communauté de milliers de développeurs qui participent bénévolement au projet. Et même si nous sommes indépendants de l’équipe de Firefox, nous réutilisons certains de leurs travaux au sein de Thunderbird, ce qui nous permet à la fois de réduire nos coûts et d’accélérer le développement.
Comptez-vous introduire de la publicité sur Thunderbird, comme pour Firefox ?
Pour l’instant nous n’avons pas encore tranché sur le modèle économique. Le logiciel est libre et donc la vente de licences n’est pas prévue. Mais j’aimerais évidemment trouver des partenaires commerciaux. En attendant, je suis très content de voir un écosystème commercial se développer autour de Thunderbird, avec des sociétés comme Linagora qui fournissent des services utiles aux entreprises qui désirent basculer vers notre logiciel.
Jean-Baptiste Su
source : l’expansion.com
Guillaume DEGROISSE
Responsable Communication et Marketing Groupe
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