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Mandriva dans la tempête…

Les collaborateurs de Mandriva traversent actuellement une période très difficile.

Aucune décision de stratégie commerciale n’ayant vraiment été prise depuis longtemps, les PDG se sont succédés à la tête de Mandriva. Hervé Yahi, arrivé en fin 2008, a laissé sa place pour prendre celle de CSO (directeur de la stratégie du groupe). Stanislas Bois, qui occupait jusque là les fonctions de directeur administratif et financier, l’a remplacé peu de temps et a lui-même cédé sa place à Arnaud Laprévote.

Je rappelle que Mandriva est une société en difficultés depuis de nombreuses années. Le 13 janvier 2003, la direction de la société a déclaré la cessation des paiements, ce qui signifiait qu’elle n’était alors plus en mesure de faire face à son passif exigible avec son actif disponible. Après une période d’observation de plusieurs mois, un plan de redressement par continuation (de l’activité) a été arrêté par le tribunal de commerce et un mandataire judiciaire appelé « commissaire à l’exécution du plan » a été désigné pour s’assurer que le plan d’échelonnement des dettes et de redressement de la situation de la société se déroulait conformément à ce qui avait été arrêté par le tribunal. Ce plan est là pour permettre le remboursement des créanciers et la sortie de l’impasse dans laquelle se trouve la société. Si le plan est exécuté sans problème, les dettes antérieures (du plan) seront totalement apurées (et il reste quelques échéances à régler) et la société sortira alors du processus des procédures collectives. Elle continuera alors sa vie sociale normale et il appartiendra à la direction de Mandriva de trouver un mode de gestion plus efficace que par le passé pour éviter de retomber dans les difficultés. En revanche, si la société ne parvient pas à respecter les échéances du plan, la direction de Mandriva devra alors à nouveau déclarer la cessation des paiements. Le juge prononcera alors la résolution du plan de redressement et ouvrira par le même jugement une procédure de liquidation judiciaire, par application de l’article L. 631-20-1 du Code de commerce. Cette liquidation signifie l’arrêt de l’activité de Mandriva, l’exigibilité immédiate des dettes et le licenciement des salariés dans les 15 jours pour motif économique… sauf si le maintien de l’activité est décidé afin d’envisager la cession de l’entreprise à un tiers, par adoption d’un plan de cession. Dans cette hypothèse, le transfert d’entreprise ne se limite pas à une cession d’actifs : il inclut des engagements de maintien de l’emploi (art. L. 642-1, al. 1er du Code de commerce) et s’accompagne de la cession des contrats nécessaires au maintien de l’activité.

Pendant son exercice et alors qu’il était mandaté par l’actionnaire principal Occam Capital (et son représentant Marc Goldberg, président du CA de Mandriva), Hervé Yahi a cherché des repreneurs potentiels, sans succès semble-t-il. Toutefois en novembre 2009, la société Ieurope avec son portail Idoo s’était manifestée, mais aucune suite n’avait été donnée par Mandriva.

Une récente « fuite » (sans que je sache si elle était vraiment involontaire ou non, car cela peut être un levier pour presser l’intérêt des repreneurs) d’un compte rendu du conseil d’administration de Mandriva a révélé publiquement que des discussions étaient en cours entre la direction de la société et deux entreprises : la société Lightapp et la société Linagora.

Je n’ai pu avoir aucune information sur le projet de Lightapp de la part d’Arnaud Laprévote, je ne peux donc pas juger ce projet.

En ce qui concerne Linagora, l’intérêt montré par Alexandre Zapolsky pour Mandriva n’est pas récent, puisqu’en 2007 une tentative de rapprochement avait déjà échoué.

Ces dernier jours, les projets de reprise se sont fait jour et la tension était très forte chez les salariés de Mandriva.

Le fantôme d’une fondation est revenu sur le devant de la scène avec Wallix (avec semble-t-il la participation de François Bancilhon et de Stanislas Bois sous une forme que j’ignore encore), mais si ce projet a été présenté à la direction de Mandriva, rien n’a été fait en direction de la communauté et là encore, Arnaud Laprévote n’a rien voulu nous dire. Cependant ce projet semblait très mal ficelé, notamment en ce qu’il ne tenait que peu compte du volet social et de l’activité de l’éditeur ; l’accueil de la part des salariés a donc été très mitigé (c’est un euphémisme…).

Ieurope est également revenu sur le devant de la scène en proposant de remettre près d’un million et demi d’euros, mais avant déclaration de cessation des paiements (donc en coupant le pied à une éventuelle reprise), avec le soutien plutôt inattendu de Occam Capital ! Mais là encore, mon petit doigt m’a dit que les salariés étaient assez peu enclins à accepter cette solution qui ne semblait pas non plus préserver à moyen terme au moins les intérêts des salariés du groupe de façon suffisante, ainsi que la philosophie de Mandriva Linux.

Des confidences que j’ai pu avoir, ces projets n’inspiraient pas grande confiance.

Reste la société Linagora dont je vais vous parler aujourd’hui car Alexandre Zapolsky a été le seul à faire l’effort de nous présenter avec Olivier son projet pour Mandriva lors d’une conférence de plus d’une heure, laquelle faisait suite à des échanges passés intéressants, preuve s’il en était encore besoin que cette omertà totalement artificielle entretenue par Arnaud Laprévote sur la situation lui permet seulement d’éviter de répondre aux questions qui fâchent et c’est bien là les impressions que nous avons eu Olivier et moi à la suite des entretiens qu’il nous a accordés.

Sur le projet de Linagora, je précise que les quelques lignes que je vais vous exposer ne sont que les grandes orientations et que le projet définitif incluant le volet social et de redressement de l’entreprise ne nous a pas été présenté, pour d’évidentes raisons de confidentialité et aussi pour éviter une surenchère stérile devant le tribunal de commerce sur la question de savoir quel projet aurait le volet économique et social le plus favorable.

Linagora est une société connue dans le monde du libre dont les bénéfices sont bien plus importants que Mandriva, même si je vous le concède, son secteur d’activité n’est pas la même. Pour Alexandre Zapolsky, Mandriva doit vivre et retrouver sa superbe d’antan qui a été effacée au fil des ans par une piètre gestion et par la concurrence qui a saisi le vide trop grand laissé par l’éditeur français. Son projet suit deux axes : un axe communautaire et un axe entreprises.

En ce qui concerne le volet communautaire, Alexandre Zapolsky souhaite revenir aux fondamentaux de la philosophie du libre et proposer une « free free » selon ses termes : libre et gratuite. Les produits payants comme la PowerPack ou la Flash sont « censés » disparaître car insuffisamment générateurs de bénéfices et les paquets propriétaires seraient laissés à disposition sur un magasin en ligne. Sur ce dernier point, Olivier et moi sommes discussion avec Alexandre Zapolsky car en désaccord. Nous estimons que ces produits mériteraient d’être conservés avec un toilettage important, notamment pour permettre à Madame Michu d’avoir un ordinateur qui fonctionne « out of the box » (PWP) ou de conserver un produit technologique qui n’est que peu vendu car peu mis en valeur (Flash).

Le but d’Alexandre Zapolsky est donc pour lui de simplifier l’offre de Mandriva (ce qui est une bonne chose) et de fiabliser le produit de base en lui offrant une intégration des paquets bien plus poussée qu’elle ne l’est aujourd’hui. Les grandes orientations de la distribution continueraient d’être insufflées par la communauté et dirigées par la société et c’est notamment pour cela qu’il souhaite donner plus d’importance à Cooker pour favoriser le développement autour de la distribution. Dans cette optique de simplification du produit et de percer auprès de Madame Michu, un seul environnement graphique serait alors proposé par défaut, les autres restant disponibles dans les dépôts.

S’agissant du volet entreprises, Alexandre Zapolsky souhaite fondre certains de ses produits comme OBM ou LinID avec ceux de Mandriva (Pulse, etc.), qui sont complémentaires et qui pourraient donc être renommés pour laisser apparaître la « fusion » des deux entités. L’avantage d’avoir une distribution dans son périmètre de compétences permet d’offrir aux futurs clients de « Mandragora » (ce n’est pas un terme définitif, mais un terme « de travail » utilisé pour la circonstance) une offre entreprises complète verticale allant de la distribution à l’application. La qualité du développement des produits entreprises de Mandriva est conforme aux standards de Linagora et Alexandre Zapolsky souhaite conserver la partie Brésilienne de Mandriva, qui est assurément un point fort supplémentaire de ce projet.

En ce qui nous concerne, Olivier et moi avons entendu beaucoup de choses sur les projets proposés et la tension des salariés et du comité d’entreprises de Mandriva est très forte. En l’état, c’est Alexandre Zapolsky qui a présenté le projet le plus sérieux, tant sur le volet social que sur le volet développement de la société, sous réserve évidemment de voir le projet définitif qui sera présenté au tribunal de commerce si l’option d’une cession d’entreprise est possible. Les autres se contentaient manifestement de se servir de Mandriva comme tremplin pour promouvoir autre chose (entrer sur le marché libre notamment) et le volet social était parfois inexistant selon nos sources. Mandriva comporte aujourd’hui plus d’une cinquantaine de salariés, tant en France qu’au Brésil et leur avenir est capital.

L’avenir n’est pas scellé loin de là. La direction se rendra-t-elle au tribunal de commerce pour déclarer la cessation des paiements ? Alors que cela semblait acquis ces derniers jours, cela n’a manifestement pas été fait. L’avenir des salariés semble se jouer en partie sans eux, et la colère gronde. La communauté se tient, elle aussi, à l’écoute et une solution qui ne préserverait pas suffisamment son attachement à la distribution pourrait entraîner une réaction épidermique et aboutir à un fork pour vider la société de sa substance ainsi que le projet Mandriva Linux.

Post publié sur le blog d’Olivier Méjean

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